Les deux comptent, et elles figurent dans les mêmes modèles. Les attentes positives et le sentiment d'efficacité personnelle sont bel et bien associés à un retour plus rapide — mais à côté de la charge symptomatique et de l'historique d'absence, qui pèsent dans le même calcul2. Et la reprise a une forme : sur 37 523 travailleurs en arrêt pour un trouble mental, quatre trajectoires se dégagent, et la grande majorité suit une montée progressive des heures1. Autrement dit, la question pratique n'est pas « progressif ou pas », mais quelle pente — et révisée quand?

Mettre ces données en pratique. La littérature fournit des repères concrets pour définir une cible, choisir une intervention cohérente et suivre les progrès dans la vie quotidienne.

Motivation et tolérance : deux choses différentes, toutes deux mesurables

Une revue systématique portant sur 29 études de personnes en arrêt pour un trouble mental courant identifie ce qui augmente la probabilité de retour — attentes positives, sentiment d'efficacité personnelle élevé, conscienciosité, indice de capacité de travail élevé — et ce qui la diminue : âge plus élevé, absences antérieures, scores de symptômes plus élevés2. La motivation n'est donc pas un mirage : elle est l'un des facteurs, pas le seul. Et ces deux dimensions — capacité de travail et sentiment d'efficacité — se mesurent avec des outils validés plutôt qu'elles ne s'estiment à l'impression.

Deuxième constat, qui déplace la ligne d'arrivée : revenir à temps plein n'est pas la fin du processus. Sur 16 310 salariés suivis par un service de santé au travail néerlandais, 15,6 % (IC 95 % : 14,8 à 16,4) ont connu une nouvelle absence longue dans les trois ans suivant un retour complet, et chaque mois supplémentaire de l'épisode précédent est associé à un taux de récidive inférieur de 4,3 %3. Ce dernier résultat ne dit pas qu'il faut rester en arrêt plus longtemps : il dit qu'un épisode écourté n'a pas fait disparaître ce qui l'avait causé. Les prédicteurs de ce modèle sont le diagnostic et la durée de l'épisode — ni l'effort, ni la volonté n'y figurent.

Le dosage temporel : la reprise est une courbe, pas un interrupteur

Une étude de registre néerlandaise portant sur 37 523 travailleurs a modélisé 23 mois de reprise et dégagé quatre trajectoires communes à tous les diagnostics : retour complet rapide (de 82,4 % pour les troubles de l'humeur à 92,0 % pour les troubles de l'adaptation), retour complet lent, retour partiel lent, et absence de retour. Les auteurs ouvrent leur article sur la phrase qui fonde tout le sujet : le retour au travail est le plus souvent un processus d'augmentation graduelle des heures dans le temps1. « Rapide » et « lent » désignent ici des pentes, pas des durées.

À grande échelle, l'arrêt à temps partiel est associé à des résultats favorables. Une revue systématique de cartographie de l'Institut norvégien de santé publique a réuni 13 études portant sur environ 2,74 millions de personnes en arrêt : absence plus courte, participation au travail plus élevée et moins de rentes d'invalidité4. L'ampleur exceptionnelle des registres et la convergence des trois résultats soutiennent l'intégration d'une reprise progressive au plan de retour.

Le seul essai randomisé de cet ensemble donne la mécanique. Mené auprès de 63 personnes en arrêt pour un trouble musculosquelettique — la population importe —, il comparait un arrêt à temps partiel à un arrêt complet. Dans le groupe à temps partiel, le temps de travail était réduit d'environ la moitié et les tâches restantes modifiées au besoin, le tout précisé dans une note d'aptitude signée. Sur 12 mois, le rapport de risque de retour au travail atteint 1,76 (IC 95 % : 1,21 à 2,56) après ajustement complet, avec une absence totale inférieure d'environ 20 %. Les auteurs publient aussi le P = 0,10 de leur comparaison principale, et concluent que la participation au travail peut être augmentée en sécurité5. La moitié était le protocole de cet essai, pas une recommandation.

Ce que ces trois sources donnent ensemble n'est pas une recette, c'est une manière de procéder : poser un palier, l'écrire, y attacher une date de révision. Et se rappeler qu'une capacité retrouvée dans un contexte ne se transpose pas automatiquement dans un autre — la même logique que le transfert des apprentissages entre la maison et l'école.

Ce qu'on ajuste vraiment : les exigences, pas la volonté

Le besoin d'aménagement est massif; l'aménagement reçu ne l'est pas. Deux études longitudinales allemandes — une cohorte de 286 personnes suivie 30 mois et le suivi d'un essai randomisé auprès de 424 personnes — montrent qu'avant le retour, 91 % à 99 % des salariés déclarent avoir besoin d'au moins un aménagement; 64 % en reçoivent au moins un; et 13 % à 16 % seulement voient tous leurs besoins satisfaits. Recevoir ne serait-ce qu'un aménagement est associé à moins de symptômes dépressifs et à une meilleure capacité de travail après le retour7. L'écart entre 99 % et 16 % montre surtout l'importance de formuler le besoin avec précision : le nommer, l'écrire et fixer une date de révision. L'OMS en fait une recommandation forte, cohérente avec les principes des droits de la personne. Elle vise notamment les ajustements de communication, les horaires flexibles, la modification de la description de tâches et l'adaptation de l'environnement physique8.

Quant à ce qui produit un effet mesuré, la revue Cochrane la plus complète — 45 études et 12 109 participants, cotation GRADE par deux évaluateurs indépendants — établit que combiner une intervention orientée vers le travail et une intervention clinique réduit les jours d'absence dans la première année : SMD = −0,25 (IC 95 % : −0,38 à −0,12), soit environ 25 jours d'absence en moins sur un an6. L'ampleur de la revue, la double évaluation et la convergence des résultats appuient une approche coordonnée où le volet travail se règle avec le soin. Un aménagement obtenu doit ensuite être suivi dans le temps, comme l'explique l'article sur le maintien du retour au travail.

Quel type d'accompagnement peut aider?

Ce qui se passe après le retour se travaille, et cela se mesure. Un essai randomisé en grappes auprès de 158 personnes revenues au travail après un arrêt pour un trouble mental courant a comparé une intervention de résolution de problème à la prise en charge habituelle. À 12 mois, le rapport de cotes ajusté d'une nouvelle absence maladie est de 0,40 (IC 95 % : 0,20 à 0,81), et le rapport de risque du délai avant cette nouvelle absence de 0,53 (IC 95 % : 0,33 à 0,86)9. Ce qui a été modifié dans cet essai, ce n'est pas l'effort des personnes : c'est la façon dont les problèmes de travail sont repris, un par un, après le retour.

C'est exactement l'objet d'un accompagnement en ergothérapie en santé mentale, dont le champ d'exercice porte sur l'évaluation des « habiletés fonctionnelles », la détermination et la mise en œuvre d'un plan d'intervention, et l'« adaptation de l'environnement » en vue de l'autonomie optimale de la personne10 — traduit en pratique : quel palier, quelles tâches, quels signaux de surcharge, quelle date de révision.

Quand ce qui bloque tient aux démarches, aux droits, aux relais ou à la coordination avec l'employeur et l'assureur, un accompagnement en travail social vise « l'évaluation du fonctionnement social » et le soutien du fonctionnement de la personne « en réciprocité avec son milieu »11. Et lorsque plusieurs intervenants gravitent autour de la même reprise, la qualité de ce qui circule entre eux devient un facteur à part entière. Un premier rendez-vous sert à écrire le premier palier — et la date à laquelle on le rouvre.

Sources

  1. Vendelbosch R, Roelen C, Almansa J, Bültmann U, Arends I. Do return-to-work trajectories differ by mental disorder diagnosis? A register study among 37 523 Dutch workers. Scandinavian Journal of Work, Environment & Health. 2024;50(7):527-535. PMID 39344707. DOI 10.5271/sjweh.4183
  2. Fisker J, Hjorthøj C, Hellström L, Mundy SS, Rosenberg NG, Eplov LF. Predictors of return to work for people on sick leave with common mental disorders: a systematic review and meta-analysis. International Archives of Occupational and Environmental Health. 2022;95(7):1-13. PMID 35106629. DOI 10.1007/s00420-021-01827-3
  3. Mulder M, Kok R, Aben B, de Wind A. Incidence rates and predictors of recurrent long-term mental sickness absence due to common mental disorders. Journal of Occupational Rehabilitation. 2025;35(3):592-601. PMID 39066861. DOI 10.1007/s10926-024-10226-7
  4. Meneses-Echavez JF, Baiju N, Berg RC. Effects of partial sick leave versus full-time sick leave on sickness absence and work participation: a systematic mapping review. Oslo : Norwegian Institute of Public Health (Folkehelseinstituttet); 2018. ISBN 978-82-8082-917-7. fhi.no
  5. Viikari-Juntura E, Kausto J, Shiri R, Kaila-Kangas L, Takala EP, Karppinen J, Miranda H, Luukkonen R, Martimo KP. Return to work after early part-time sick leave due to musculoskeletal disorders: a randomized controlled trial. Scandinavian Journal of Work, Environment & Health. 2012;38(2):134-143. PMID 22033811. DOI 10.5271/sjweh.3258
  6. Nieuwenhuijsen K, Verbeek JH, Neumeyer-Gromen A, Verhoeven AC, Bültmann U, Faber B. Interventions to improve return to work in depressed people. Cochrane Database of Systematic Reviews. 2020;10:CD006237. PMID 33052607. DOI 10.1002/14651858.CD006237.pub4
  7. Sikora A, Seufert L, Starke F, Stegmann R, Wegewitz U, Bültmann U. Needed and received work accommodations during return to work among employees with common mental disorders and relationships with depressive symptoms and work ability. Journal of Occupational Rehabilitation. 2026 (en ligne le 13 juillet 2026). PMID 42440258. DOI 10.1007/s10926-026-10427-2
  8. Organisation mondiale de la Santé. Guidelines on mental health at work. Genève : Organisation mondiale de la Santé; 28 septembre 2022. 134 p. ISBN 9789240053052. Licence CC BY-NC-SA 3.0 IGO. who.int
  9. Arends I, van der Klink JJL, van Rhenen W, de Boer MR, Bültmann U. Prevention of recurrent sickness absence in workers with common mental disorders: results of a cluster-randomised controlled trial. Occupational and Environmental Medicine. 2014;71(1):21-29. PMID 24158311. DOI 10.1136/oemed-2013-101412
  10. Gouvernement du Québec. Code des professions, RLRQ c. C-26, art. 37 o)
  11. Gouvernement du Québec. Code des professions, RLRQ c. C-26, art. 37 d) i)